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Histoire d'Eau au Pays des Pierres

Culturel ,  Sentier d'interprétation ,  Promenades et Randonnées ,  Pédestre à Martel
11.3 km
Pédestre
3h
Moyen
  • Une randonnée ponctuée de richesses patrimoniales naturelles ou bâties depuis la ville médiévale de Martel en passant par l’église romane de Murel jusqu’au moulin et la résurgence de l’œil de la Doue.

    Le Causse de Martel, ondoyant et vallonné, offre une grande variété géologique. Des paysages verdoyants de bois et prairies alternent avec des zones caussenardes plus rocailleuses et des vallées encaissées comme celle du Vignon. La pierre calcaire, souvenir d’une lointaine...
    Une randonnée ponctuée de richesses patrimoniales naturelles ou bâties depuis la ville médiévale de Martel en passant par l’église romane de Murel jusqu’au moulin et la résurgence de l’œil de la Doue.

    Le Causse de Martel, ondoyant et vallonné, offre une grande variété géologique. Des paysages verdoyants de bois et prairies alternent avec des zones caussenardes plus rocailleuses et des vallées encaissées comme celle du Vignon. La pierre calcaire, souvenir d’une lointaine occupation maritime, est omniprésente tant dans le milieu naturel que dans l’utilisation architecturale. L’eau issue des précipitations, ne demeure pas en surface. Elle creuse la roche et façonne des paysages.


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    - Circuit également accessible en VTT.
    - Difficultés particulières : Attention passages glissants par temps de pluie!
Points d'intérêt
1 La cité de Martel
Construite autour de routes marchandes, la cité de Martel devient dès le 12e s. une ville importante de la vicomté de Turenne. Elle conserve aujourd’hui de très beaux vestiges de maisons médiévales et Renaissance. Elle est appelée de nos jours la ville aux 7 tours, mais en arpentant ses ruelles vous découvrirez qu’elle en conserve bien plus.

La ville devient un point d’étape incontournable sur la route vers Rocamadour. Elle s’enrichit rapidement grâce au commerce des tissus et du sel qui remonte la Dordogne jusqu’à Souillac pour transiter sur le Causse à travers des chemins. On trouve de nombreuses places pour les marchés dans la ville à l’époque médiévale et beaucoup de boutiques marchandes avec des arcades au rez-de-chaussée. Des bourgeois s’y installent et donnent leur nom à des quartiers ou des monuments de la ville (Tournemire, Julianie, Raymondie…).

Martel est une des rares villes du Haut-Quercy qui ne se soit pas créée autour d’un château, d’une abbaye ou d’un point d’eau.
2 La tour Tournemire
La ville s’entoure dès le 12e s. d’une première enceinte qui concentre la rue droite (axe commercial principal), le quartier religieux et marchand. C’est sur cette première enceinte que se trouve la tour Tournemire. Une deuxième enceinte vient encercler la ville au 14e s. afin de protéger les différents quartiers appelés barrys.

La tour Tournemire qui porte le nom d’une famille de bourgeois de la ville se trouve sur l’enceinte constituée de maisons formant remparts. Haute de 22 m et divisée en 4 niveaux, cette tour de guet a aussi abrité une prison. Elle possède peu d’ouvertures d’origine. La bretèche (construction en surplomb) et les mâchicoulis ont été rajoutés au début du 20e s. A l’origine on entre dans la tour par une porte aménagée à 4 m du sol par une échelle que l’on tire derrière soi. Cela rend la tour difficilement accessible.

A l’intérieur de la tour, les prisonniers dont certains étaient des bateliers, ont laissé des graffitis de bateaux. 
3 Place de la Halle et palais de la Raymondie
Vous vous trouvez ici place de la Halle, elle sert de lieu de marché depuis l’époque médiévale. C’est à cet emplacement que se trouvait la maison des consuls qui administraient la ville au Moyen Age. De belles maisons médiévales entourent la place ainsi que le palais de la Raymondie, palais urbain à quatre ailes organisé autour d’une cour centrale.

Le palais de la Raymondie a été construit au début du 13e s. à l’initiative de Bernard Raimondi, receveur des impôts royaux et fils présumé du vicomte de Turenne. C’est son gendre qui achève les travaux un siècle plus tard. Au rez-de-chaussée se trouve les arcades marchandes qui permettaient d’accueillir de nombreuses échoppes tandis qu’à l’étage se trouvaient les salles nobles. De très belles baies rectangulaires sculptées sont visibles à l’étage. Quant à la halle, elle a été construite au 19e s. à l’emplacement de la maison des consuls. Remarquez sa belle charpente.

Sous la Halle, il y a des conques : des mesures de capacité pour évaluer les volumes et quantités de grains de blé, seigle, avoine qui étaient échangés ou vendus. Combien en comptez vous ?
4 Hôtel de Briance
Vous vous trouvez devant l’hôtel de Briance. Cette maison d’origine médiévale a été remaniée à la Renaissance. Vous observez sur son portail des éléments de décor caractéristiques de cette période (fronton triangulaire, colonnes…) ainsi qu’une petite tour d’escalier.

La tour de l’hôtel de Briance est une des 7 tours de la ville qui en comptait autrefois bien plus : les tours situées sur les deux enceintes, des tours d’escalier, la tour Tournemire, le clocher de l’église et celle du beffroi de la Raymondie. La légende des 7 tours pourrait remonter au 17e s., époque à laquelle la vicomtesse de Turenne en visite à Martel aurait admiré une peinture d’une ville entourée de 7 tours symbolisant les 7 villes closes de la vicomté de Turenne, les 7 collines de Rome, les 7 péchés capitaux…
5 Rue droite à Martel
Vous vous trouvez ici dans la rue droite : principal axe marchand à l’époque médiévale, il traverse la ville d’est en ouest la séparant en 2. Les maisons sont disposées perpendiculairement à la rue. Les arcades de boutique s’ouvrent directement sur l’espace public. Les marchands vendaient leurs produits sur des étals en pierre encore visibles et autrefois complétés d’auvents de bois.

La « maison du silence », ancien pensionnat, est à l’origine une vaste demeure médiévale pourvue d’arcades de boutique au rez-de-chaussée et de belles baies à colonnettes à l’étage (actuellement murées). En face se trouve une maison médiévale également très bien conservée avec deux arcades de boutiques au rez-de-chaussée. A l’étage des baies à croisées agrémentent la façade, fenêtre dont l’ouverture est divisée par des montants en pierre.
6 Eglise Saint-Maur
L’église Saint-Maur se présente comme une forteresse fermant l’enceinte de la ville avec son haut clocher-porche, véritable tour de défense. Fondée par le monastère de Souillac, son origine date sans doute du 12e s. De l’église romane, il ne subsiste que le portail avec son tympan sculpté illustrant le retour du Christ avant le Jugement Dernier. L’église gothique qui la remplace a été construite au 14e s. et a été modifiée également au 15e et 16e s.

A l’intérieur vous découvrez les caractéristiques de l’architecture gothique méridional, courant d’architecture typique du sud de la France : une nef unique bordée de chapelles, un chœur fermé par un mur droit, des voûtes sur croisées d’ogives à liernes et tiercerons (nervures décoratives divisant la voûte)... Observez les sculptures de végétaux ou de personnages fantaisistes au niveau des voûtes. Dans le chœur, un vitrail du 16e s. montre des scènes de la Passion du Christ.
7 Rue Mercière et Barri de Brive
Vous vous trouvez ici rue mercière. Cette petite voie était une importante rue commerçante car elle faisait le lien entre l’intérieur de la ville, la place de la Halle notamment, et l’extérieur avec le barry ou barri de Brive, quartier marchand hors les murs. On y vendait de la mercerie, des étoffes mais aussi des épices les jours de foires.

Le Barry de Brive se trouve le long de la rue menant à Brive. C’est un des quartiers les plus peuplés à l’ouest de Martel construit dès le 12e s. en dehors de la première enceinte. L’ensemble des quartiers extérieurs sera entouré d’une deuxième enceinte au 14e s. Au bout de la rue du barri de Brive se trouve une des neuf portes fortifiées qui ouvrait dans la seconde enceinte.
8 Le Causse de Martel
Le Quercy était une ancienne province, réduite après la révolution pour devenir le département du Lot, formé en grande partie d'épais dépôts calcaires du Jurassique, d'une altitude moyenne de 300m. 2 rivières l’entaillent d’est en ouest, la Dordogne au nord, le Lot au sud. Le Haut Quercy correspond à ce jour au nord du Lot et à l’extrémité sud de la Corrèze.

Le Causse de Martel s’étend sur ce territoire calcaire, roche souvenir d’une lointaine occupation maritime omniprésente dans le milieu naturel comme l’architecture. Les paysages sont façonnés par une succession de dépressions argileuses (dolines). Les précipitations s’y infiltrent rapidement expliquant la relative absence d’eau en surface.
Les pelouses sèches où poussent les orchidées alternent avec des zones rocailleuses, des bois, des truffières, des prairies et de rares vallées encaissées comme celle du Vignon.

Pour l’anecdote : on emprunte ici la route du Gardelet, un ancien chemin reliant Martel à Cressensac, fréquenté par les voyageurs venus du nord.
9 Eglise Notre Dame de l’Assomption de Murel
La paroisse de Murel est attestée dès le 10e s. et appartient à l’abbaye de Souillac, fondatrice des églises de Martel. L’église romane, construite en pierre calcaire locale présente un plan irrégulier dû à l’adjonction d’une chapelle gothique au nord de l’édifice. Au centre, au-dessus du transept, s’élève un clocher carré qui semble avoir porté des éléments de défense sur les parties hautes.

Le chevet est polygonal comme de nombreuses églises romanes tardives de la région. La sculpture se concentre sur la fenêtre de l’abside qui est ornée de perles et d’un bandeau mouluré décoré de fleurs. Dans la nef, au nord, s’ouvre un portail à linteau monolithe (d’une seule pierre) surmonté d’un arc de décharge. Le linteau est sculpté d’un grand aigle aux ailes déployées, motif purement décoratif ou symbole de saint Jean l’évangéliste. A l’intérieur dans le chœur, on peut voir des belles bases de colonnes ornées de motifs géométriques (entrelacs, cordes et billettes).
10 Moulin de Murel
Le Vignon est une frontière entre la Vicomté de Turenne et la baronnie de Cazillac. Les moulins sont souvent bâtis sur 2 terres, comme ici, un pied à Murel, l’autre à Cazillac. Bâti au 10e s. par des moines puis annexés par les seigneurs, il est abandonné à la Guerre de Cent ans. Il est ensuite repris par une nouvelle génération de meuniers jusqu'à l'arrivée des minoteries pour s'arrêter en 1937.

Ce moulin se compose d’une grange étable, d’un bâtiment avec la salle des meules et l’habitation, d’un pigeonnier, d’un four et d’une bergerie. Il profite d’un bel ensoleillement, assez rare pour un moulin. Précédé d’une longue retenue qui barrer le cours naturel du Vignon, il bénéficie d’une grande quantité d’eau pour son fonctionnement. La retenue servait aussi de viviers. Des souvenirs de famille y retranscrivent ces moments à pêcher les écrevisses, anguilles et truites qui prospéraient au pied du pont.
11 Le ruisseau du Vignon
Le Vignon est un ruisseau, affluent de la Tourmente, qui prend naissance à l’Œil de la Doue, émergence dans la falaise du Causse, au pied de Murel. Cette émergence est précédée, en amont, par une très longue vallée sèche. C’est, avec son affluent le Rionnet, le seul ruisseau de la partie sud du Causse de Martel.

Sur 14km le Vignon compte 13 moulins répartis sur 3 zones. Le haut Vignon, de l’Œil de la Doue au Pont de Murlat, ne devient permanent qu’à 400m en aval du Moulin de Murel. Le moyen Vignon alimente les 2 moulins du Pic : celui détruit de Lascoux et celui de Paunac. A Friat, il change d’orientation et supporte 3 moulins. Au bas Vignon, en aval du moulin de la Tulle, la vallée s’élargit avec la confluence du Rionnet. Les 2 ruisseaux confondus desservent les moulins de La Borgne, Beyssagou et Beyssac. Avec cette densité de moulins, les conflits étaient courants entre meuniers en période de sécheresse.

Le Vignon a été par erreur baptisé Doue, sur les cartes du 19e s. Son nom d’origine celte désigne un lieu humide et marécageux mais n’a pas de rapport avec la vigne.
12 Oeil de la Doue
Le ruisseau du Vignon naît d’une émergence, ou doue. Ce terme désigne une source abondante, jaillissant avec un fort débit, des profondeurs de la terre. Celle-ci est dénommée l’Oeil de la Doue.

Le 17 août 1893, l’eau ayant considérablement baissé, 2 expéditeurs s’y aventurent avec un bateau en toile. Ils découvrent un tunnel de 7m de haut, 2 lacs, une cascade à sec. Le lit du ruisseau est étroit et tortueux. Ils parcourent 138m, un long couloir rempli de sable aboutit à une galerie noyée à voûte basse. Ils estiment la longueur totale de la grotte à 500m dans le prolongement direct du ruisseau. L’Œil de la Doue est un lieu, certainement exploré par des pêcheurs et enfants du coin qui ont dû y pénétrer, le cœur battant munis d’une bougie ou d’une torche vacillant dans les courants d’air.

Les doues sont perçues dans l’imagination populaire comme des lieux maléfiques, bouches d’ombre, qui ouvrent vers le monde souterrain, la résidence des morts.
13 La vallée sèche
La vallée sèche s’appelle la combe du Vignon, mais elle portait le nom de Soliara ou Soulieyra au Moyen-Age, et servait de limite, entre les domaines seigneuriaux de la baronnie de Cazillac, au nord, et de la châtellenie de Martel, au sud.

La vallée sèche est une vallée sans eau permanente, l’eau s’infiltrant dans le sous-sol par des pertes ou des puits. Cette vallée a été parcourue par un ruisseau, à une époque très lointaine. La tradition mentionne un ruisseau dit l’Orup (ou le Ru), sur lequel il y aurait eu un moulin. En 1477, à la suite d’un tremblement de terre, le ruisseau aurait disparu, et ressurgit dans l’Œil de la Doue. Cette histoire peut simplement rappeler le fait, qu’au Moyen Age, certaines vallées sèches étaient encore parcourues par des ruisseaux temporaires.

Une autre tradition veut, que lorsque des gros orages grondent dans la région de Cressensac, le Vignon grossisse très vite, après que l’Œil de la Doue ait fait entendre d’inquiétants mugissements.
14 La voie antique
Ce vieil axe antique au tracé rectiligne, qui va de Brive à Martel en passant par l’Hôpital-Saint-Jean longe la falaise qui surmonte l’Œil de la Doue, mais évite les zones marécageuses et les vallées plus sauvages et isolées.

Cette ancienne voie romaine de Paris à Toulouse, passe la Dordogne à Creysse, remonte en ligne droite vers la Croix Mathieu, traverse la vallée sèche du Vignon puis évite la Combe au Loup et le vallon de Sarrazac et suit les hauteurs du Causse pour rejoindre Brive. Elle est devenue route de pèlerinage vers Rocamadour au 12e s., fut empruntée par Saint Louis et Louis XI puis est abandonnée au 18e s. après la construction de la route de poste de Souillac. Au bout de cette voie, la Croix Mathieu et son Montjoie montraient l’arrivée dans la paroisse de Martel.
15 La montjoie
Le monticule de pierres surmonté d'une croix implantée au bord du chemin est une montjoie. Au Moyen-âge, ces structures célèbrent un événement important ou bien, comme ici, jalonnent les chemins, le plus souvent les itinéraires de pèlerinage. Le lieu prend localement le nom de la Croix Mathieu.

Le monticule de la montjoie située entre Martel et Murel est difficile à dater, mais il témoigne de la coutume ancienne des pèlerins d'élever des monceaux de pierres sur lesquels ils plantent une croix. Ici, le chemin est un des nombreux itinéraires qu'empruntent, au Moyen-âge, les pèlerins venus du Limousin pour se rendre à Rocamadour pour y vénérer la Vierge Noire. La croix actuelle est récente (1977). Elle repose sur une base de colonne ancienne remployée comme socle.

Observer bien la croix de la montjoie et vous apprendrez quels rois et reines de France sont venus en pèlerinage à Rocamadour et peut-être passés sur le chemin.