Ma randonnée sur le GR46 entre Rocamadour et Saint-Cirq-Lapopie

Une variante sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle
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Randonnée sur le GR46

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Ariane Fornia

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Photo d'Ariane

3 jours de randonnée

72 km de randonnée sur la Voie de Rocamadour, entre sanctuaire mythique, causses du Quercy et vallée du Lot.

Testé par Ariane de Itinera Magica

Relier en trois jours de marche seulement deux des villages les plus iconiques et saisissants du Lot : c’est ce que propose cet itinéraire sur le GR46 de Rocamadour à Saint-Cirq-Lapopie. Ce tronçon de la Voie de Rocamadour est à la fois un itinéraire jacquaire historique, sur les chemins empruntés par les pèlerins vers Compostelle depuis des siècles, et un condensé des beautés du Lot, entre causses du Quercy, vallée du Vers et vallée du Lot.

Situation

Petit point de situation : les différents chemins vers Compostelle dans le Lot

Parce que le Lot est au cœur de l’Occitanie, région où la foi fut vibrante tout au long du Moyen-Âge, et que c’est le pays de Rocamadour, qui fut l’un des quatre sanctuaires majeurs de la chrétienté à l’époque médiévale, les itinéraires historiques de pèlerinage menant à Saint Jacques de Compostelle sont très nombreux dans la région, et le Lot est un véritable carrefour des chemins jacquaires.

Lorsque vous marchez depuis Le Puy en Velay par la « voie du Puy », vous arriverez à Figeac, superbe cité médiévale au cœur parfaitement conservé. Depuis Figeac, vous avez trois options pour continuer votre route en direction de Cahors :
– par le GR65 « classique », via Cajarc et Limogne-en-Quercy
– par la Voie du Célé, où vous longerez le Célé en passant par Saint Cirq Lapopie
– par la Voie de Rocamadour, où vous remonterez vers Rocamadour en passant par Gramat

Si vous choisissez de prendre la voie de Rocamadour, vous aurez une fois à Rocamadour là encore deux options :
– partir vers l’Ouest par le GR652, en direction de Gourdon. Cet itinéraire ne vous fera pas passer par Cahors, mais par Agen et Condom.
– continuer sur la Voie de Rocamadour par le GR46 et redescendre vers Cahors en passant par Saint-Cirq-Lapopie.

La Voie de Rocamadour est donc un sublime détour qui s’écarte du GR65 classique pour y revenir à Cahors en passant par l’un des plus beaux sanctuaires du monde, cette citadelle enchâssée à même la roche, Rocamadour.

Pour arpenter la voie de Rocamadour dans sa totalité, il vous faudra selon les étapes classiques :
– 3 jours de marche de Figeac à Rocamadour
– 3 jours de marche de Rocamadour à Saint-Cirq-Lapopie

La Voie de Rocamadour peut donc être l’objectif d’une superbe semaine de vacances itinérantes, sportives et contemplatives dans le Lot. Voir ici la page consacrée à ma randonnée Figeac-Rocamadour.

Départ : Rocamadour

Imaginez le roi Saint-Louis gravissant à genoux l’escalier monumental menant au sanctuaire, et le décor est posé : Rocamadour est un mythe taillé à même la pierre, une citadelle que la foi a sculptée dans la falaise blonde du Quercy. Cette église iconique, le chemin de croix à l’assaut de la verticalité, le château et les différentes chapelles, ont aimanté les foules de pèlerins depuis près d’un millénaire.

C’est en 1166 que le corps miraculeusement préservé de Saint Amadour est découvert dans un tombeau troglodyte ; c’est au XIIIe siècle qu’est édifié ce miracle de l’architecture semblant défier la gravité, un sanctuaire jailli de la roche. « L’espérance ferme comme le roc », telle est la devise de Rocamadour, et l’atmosphère solennelle et fervente de ce lieu hors normes saura toucher tous les cœurs, qu’on soit croyant ou non.

Cette randonnée sera résolument placée sous le signe de l’inouï !

Passer sa première nuit à Rocamadour, c’est prendre le temps de s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Dans la chapelle éclairée de cierges, on prie la Vierge noire, sainte patronne des marins perdus en mer, à qui de nombreux miracles nautiques sont attribués – d’où les nombreuses maquettes de navires suspendues dans la nef. Près de l’autel de la grande église, ce sont les reliques de Saint Amadour qui sont vénérées. Et dans une anfractuosité de la roche, on s’émerveille de trouver Durandal, qui serait l’épée de Rolland miraculeusement jetée là depuis les Pyrénées…

A la nuit tombée, la citadelle se vide, une atmosphère mystique envahit les lieux, et la solitude de nos pas résonne sous les arches de pierre éclairée. On imagine aisément l’émotion du marcheur médiéval pénétrant cette cité ! Les croyants pourront solliciter auprès de la communauté religieuse qui fait vivre le sanctuaire une bénédiction de la sportelle, l’insigne des pèlerins de Rocamadour.

Où dormir ?

Si vous souhaitez vous plonger dans l’atmosphère recueillie du pèlerinage, le gîte Lou Cantou, tenu par des religieuses vous réjouira par sa douceur et sa simplicité. Au-dessus d’une chapelle remplie de plantes tropicales et d’un jardin de roses, vous dormirez dans des chambres très frustes, sur le modèle des cellules monacales, avec douches communes. Les tarifs sont doux et le petit-déjeuner fonctionne sur le principe du donativo.

Si vous souhaitez plus de confort et associer à votre séjour à Rocamadour une halte gastronomique, regardez l’hôtel du Château et l’hôtel Beau site.

Jour 1 : de Rocamadour à Labastide-Murat

26 km

C’est une longue et belle première journée qui vous attend : comptez 7 à 8h de marche environ pour avaler ces 26 kilomètres, dans les causses vallonnés du Quercy. La première étape sera la plus intense, mais quelle beauté !

On quitte Rocamadour par un sentier ascendant sur le causse, et il ne faudra pas oublier de se retourner souvent pour voir la silhouette incroyable de la citadelle se découper dans la falaise. Une fois sur le causse, c’est une ambiance rurale et bucolique qui nous attend : les troupeaux de chèvres amicales rappellent que nous sommes bien au pays du Rocamadour AOP, le plus délicieux des petits fromages frais !

Les murets de pierres sèches bordant les chemins et les belles maisons quercynoises à la forme si typique de la région nous montrent que nous sommes au cœur du parc naturel régional des causses du Quercy. Il faudra faire halte à la jolie église de Couzou, édifiée au XVIIe siècle dans cette pierre blonde caractéristique du causse, si lumineuse. D’autres abris dédiés aux pèlerins ont été aménagés par le parc : au milieu des bois, nous tombons sur une sorte de chalet forestier en rondins au charme sylvestre, une vraie maison de lutins remplie de ces manifestations de foi si émouvantes qu’on trouve toujours sur le chemin de Saint Jacques. Cahiers, chapelets, coquilles, ex-voto improvisés, drapeaux de prières, suppliques à l’intention des prochains marcheurs, tissent une belle chaîne humaine entre les randonneurs au fil des années.

Au moment de notre randonnée, nous sommes au printemps, et les floraisons opulentes des glycines, des lilas et des arbres de Judée forment un camaïeu de rose et violet du plus bel effet. Le Lot au printemps, c’est un véritable jardin d’Eden… Cette profusion florale culmine à Montfaucon, une superbe bastide occitane typique : ces villes au statut particulier, jouissant de libertés notamment commerciales, ont été bâties à la fin du Moyen-Âge pour favoriser les échanges, les marchés et grandes foires, et ont un plan carré très caractéristique, avec des rues larges permettant le passage des caravanes marchandes. Montfaucon est une bastide majestueuse, et le printemps ne fait que souligner sa beauté en drapant les façades d’oripeaux violets. Et dans la belle église, on retrouvera le patron des marcheurs, le fameux Saint Jacques, ainsi que la Vierge Marie elle aussi couronnée de la coquille jacquaire : aucun doute, nous sommes sur le Chemin !

Un dernier effort, une dernière montée, et nous arrivons à notre étape pour la nuit, Labastide-Murat. Repos bien mérité !

Où dormir ?

L’accueil est chaleureux au gîte d’étape Les volets rouges, parfaitement conçu pour permettre aux marcheurs de se reposer. Le dortoir est joliment aménagé avec de petites alcôves à rideaux pour plus d’intimité, et si votre budget vous le permet, vous pourrez aussi dormir en chambre double, avec salle de bain partagée. Le jardin a beaucoup de charme et le repas est typiquement lotois – canard, rocamadour et générosité !

Vous trouverez également à Labastide-Murat un gîte communal, d’autres gîtes d’étape et un hôtel-restaurant, La Garissade.

Jour 2 – de Labastide-Murat à Vers

25km

Cette journée sera résolument placée sous le signe de l’eau. Depuis le Causse de Gramat, où se situe Labastide-Murat et où la rivière Vers prend sa source, nous allons quitter le milieu sec et calcaire du causse pour descendre vers la vallée du Lot en suivant les cours d’eau. Cette journée compte plus de dénivelé négatif, nous quittons les hauteurs pour rejoindre la fraîcheur : 25km, 200D+ pour 500D-.

Mais il nous faut d’abord explorer Labastide-Murat, qui réjouira les passionnés d’histoire napoléonienne. Le village a pris ce nom par décret impérial de Napoléon III en 1852 pour rendre hommage à l’enfant du pays, maréchal d’Empire et roi de Naples : Joachim Murat est né ici, en 1767. Ce fils d’aubergistes du causse deviendra l’un des personnages les plus flamboyants de l’épopée napoléonienne. Cavalier réputé, redoutable à l’assaut et extravagant dans ses tenues, il ira jusqu’à conquérir le cœur de la sœur de Napoléon Bonaparte, Caroline, qu’il épouse en 1800. Couronné roi de Naples, il finira fusillé en Calabre en 1815, mais l’écho tonitruant de son aventure résonne encore dans ce joli village. L’été, la maison natale de Murat se visite. Quant à l’église, les archives y témoignent du passage de pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle depuis le XIIIe siècle – la Voie de Rocamadour est si riche d’histoire !

Après un long cheminement sur le causse, nous descendons d’abord la rivière Rauze, puis le Vers, et nous voyons le paysage se transformer complètement sous cette influence aquatique. Dans ce décor rafraîchissant de ruisseaux et de canaux sur lesquels les siècles ont jeté de petits ponts de pierre, la végétation s’enivre de l’humidité ambiante et dessine une véritable forêt enchantée : des draperies de mousses épaisses viennent habiller les troncs, formant de véritables tunnels verts le long de l’eau. L’ambiance est fraîche et poétique, l’imagination la peuple d’elfes et de fées ! On appelle ce type de forêt si particulier une ripisylve, forêt des rives, et cela restera une des merveilles naturelles de cette superbe randonnée.

Sur cette journée, nous croiserons à nouveau deux abris spécialement aménagés pour les randonneurs sur le camino, qui ne sont pas des gîtes d’étape mais des abris de fortune et des sanctuaires poétiques :  un dans le village de Cras au sein d’une ancienne chapelle, et un sur les rives du Vers au milieu des bois. Là encore, les pèlerins immortalisent leur passage dans des livres d’or, des cahiers de prières, accrochent des poèmes et des petits mots, et cela achève de nimber cette forêt féerique d’un halo mystique : nous ne sommes pas sur un simple trek, nous sommes en chemin.

L’arrivée à Vers est de toute beauté. Avant de se jeter dans le Lot, la rivière Vers a creusé une gorge pittoresque sur laquelle on a érigé de hauts ponts et viaducs, et les berges sont truffées de petites plages et de criques qui invitent à la baignade. Entre la falaise claire du Quercy et l’eau limpide, le tableau est ravissant !

Où dormir ?

Nous avons pris l’option luxueuse en faisant halte à La truite dorée, une véritable institution de la vallée du Lot : depuis 1888, cinq générations d’hôteliers et restaurateurs accueillent les voyageurs dans cette magnifique demeure quercynoise du XIVe siècle aujourd’hui transformée en hôtel-spa idyllique.

Le restaurant est réputé pour sa qualité et son authenticité – on vous conseille la truite, évidemment ! Pour une halte restant dans un esprit et un budget plus pèlerin, Le Monde allant Vers et La grange de Béars sont tous deux des gîtes d’étape pensés pour les marcheurs.

Jour 3 - de Vers à Saint-Cirq-Lapopie

24 km

La dernière étape est la plus courte, 24 kilomètres, mais attention, les 500D+ annoncés recèlent quelques belles montées : après avoir quitté les Causses la veille, il faudra faire chauffer les mollets pour les retrouver ! Ce qui réserve quelques très beaux panoramas : dans ce décor de plateaux calcaires sculptés par la puissance des rivières, plusieurs points de vue sur les méandres de la vallée ont des airs de tableau romantique. Et en effet, ce chemin a inspiré les artistes : de Bouziès à Saint-Cirq-Lapopie, il faudrait être peintre à son tour pour croquer la majesté des lieux !

A Bouziès, dans la vallée du Lot, les falaises gardent la trace des longues guerres contre les Anglais : de nombreuses fortifications troglodytes rappellent l’histoire tumultueuse de cette Aquitaine médiévale romanesque.
C’est à Bouziès que nous empruntons le sentier de balade le plus iconique du Lot : le célèbre chemin de halage, creusé à même la roche afin de permettre aux hommes et aux mules de tirer depuis la rive les barges remontant le courant. Dans la lumière du matin, le spectacle est particulièrement saisissant : la pierre se fait d’or pur, et on marche sous un auvent de roche dans un décor de cinéma !

Un dernier effort, une dernière montée, et c’est le clou du spectacle : l’iconique Saint-Cirq-Lapopie, qui fut le premier « village préféré des Français » lors du lancement de l’émission de Stéphane Bern, et qu’André Breton a fait connaître au monde entier. Installé dans une maison du XIIe siècle au cœur de Saint-Cirq-Lapopie, il a écrit « j’ai cessé de me désirer ailleurs », et a fait venir ses amis artistes de toute l’Europe pour qu’ils s’inspirent à leur tour de ce bijou lotois.

Il faut dire que l’histoire de ce village est pleine de panache. Au Moyen-Âge, ce sont trois familles seigneuriales rivales, les Lapopie, les Gourdon et les Cardaillac (chacune ayant donné leur nom à un village du Lot !) qui se partagent le complexe fortifié. L’ambiance est épique sur la colline au-dessus du Lot, c’est un peu Game of Thrones au pays du canard, avec notamment des histoires de seigneurs qui volent le château du voisin pendant qu’il est parti à la messe. Il aura fallu qu’Henri IV ordonne le démantèlement de certaines fortifications pour que ses turbulents sujets se calment, sculptant ce décor de ruines romantiques qui inspirera tant les artistes. Au printemps entre glycines et orchidées, Saint-Cirq-Lapopie est au summum de sa majesté, et nous n’avons aucun mal à nous ranger à l’avis télévisé : nous aussi, c’est notre village préféré !

Et c’est une fin grandiose pour ces trois jours intenses, sportifs et sublimes, qui nous ont conduit jusqu’ici depuis Rocamadour. Ce GR46, la voie de Rocamadour, est incontestablement un des plus beaux itinéraires menant à Compostelle, parole de marcheuse récidiviste : vous serez subjugué !
Et si jamais votre route ne s’arrête pas ici, vous rejoindrez le jour suivant Cahors pour reprendre le GR65 et continuer votre chemin de Saint Jacques dans le Lot et plus loin.

Où dormir ?

Pour les pèlerins soucieux de ménager leur budget, l’option la plus évidente est le gîte d’étape Gîte de Saint-Cirq-Lapopie.

Pour plus de charme et de confort, pensez à la Maison Lapopie, au Gîte du tourneur ou encore à la Combe Redoles. Et pour une parenthèse luxueuse et idyllique avec la plus belle vue sur le village perché, ce sera à l’incroyable hôtel-spa Le Saint Cirq, situé sur l’autre rive du Lot, en face du village, avec son immense piscine et son panorama inouï. Attention si vous êtes à pied, comptez une grosse demi-heure de marche et encore des kilomètres et du dénivelé pour le rejoindre ­– mais la récompense est à la hauteur de l’effort !

FAQ

À retenir

72 km

3 jours

D+ 1940 m

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