La voie du Célé par le GR651

Randonnée sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle
Randonnée sur le GR651 - les hauteurs de BrenguesRandonnée sur le GR651 - les hauteurs de Brengues
©Randonnée sur le GR651 - les hauteurs de Brengues|Ariane Fornia
Photo d'ArianePhoto d'Ariane
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4 jours de randonnée sur la voie du Célé ou le GR651

70 km de beauté entre Figeac et Saint-Cirq-Lapopie, sur la plus belle portion des chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

Testé par Ariane de Itinera Magica

Pour le voyageur qui s’engage sur les chemins français vers Saint Jacques de Compostelle, le GR65 ou la voie du Puy est souvent considéré comme le plus bel itinéraire. Mais un des tronçons les plus spectaculaires du chemin ne se trouve pas sur l’itinéraire principal et reste une variante plus secrète. Le GR651, ou la voie du Célé, court sur 70 km de Figeac à Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot, le long de deux rivières majestueuses. Plus sportif, cet itinéraire est riche en dénivelé, mais la puissance visuelle des paysages vient consoler les mollets échauffés, entre falaises dorées, ruines enchâssées dans la pierre et patrimoine millénaire. C’est sans doute la plus belle portion du Camino que j’ai arpentée à ce jour. Châteaux, chapelles et cabécous : voici le récit étape par étape de cette expérience lotoise mémorable.

Départ : Figeac

L’itinéraire commence à Figeac, une ville qui ne cesse de m’émerveiller et dont la beauté n’a pas (encore !) la célébrité qu’elle mérite. A l’égal de Carcassonne, Figeac est une des cités médiévales les mieux préservées de France.

Le centre historique est un bijou absolu, un chapelet de monuments historiques intacts et anciens. La maison du Griffon, située sur la majestueuse place Champollion, annonce la couleur : cette maison romane, avec ses arches brisées, ses chapiteaux sculptés, ses pans de bois et ses soleilhos typiques du Lot, trône ici depuis le XIIIe siècle. Et elle est loin d’être la seule ! Déambuler dans le cœur piéton de Figeac, c’est monter dans une capsule temporelle, et rencontrer fenêtres géminées, portes ouvragées, gargouilles facétieuses, toutes antérieures à la Renaissance. Quoi de mieux que de passer une première nuit à Figeac pour se plonger dans l’ambiance pélerine, et remonter mille ans en arrière, sur les traces des voyageurs à la coquille…

Jour 1 : de Figeac à Sainte-Eulalie

23 km

En suivant le cours du Célé et les panneaux GR65, nous commençons notre marche au fil de l’eau. C’est une douzaine de kilomètres après Figeac qu’il faudra faire votre choix : à Béduer, les itinéraires se scindent. La plupart des marcheurs continueront sur le GR65 classique, via Cajarc, Limogne et Bach. Nous choisirons ici d’emprunter la variante, la voie du Célé. Les marquages rouges et blancs restent identiques, mais ce sont désormais les panneaux GR651 que nous suivrons le long du Célé.
Nous nous sentirons tout de suite récompensés de notre choix. Le Célé est une vallée que l’eau a creusée, se frayant un chemin parmi le causse et taillant des falaises d’ocre et d’or. Ici, le relief est poétique, les panoramas saisissants, et les parcours… acrobatiques ! Entre plongées au fond de la gorge, le long de l’eau, et montées sur le plateau, on met à rude épreuve le cardio. De Béduer à Saint-Cirq-Lapopie sur la voie du Célé, on montera et descendra vingt fois du causse. Sportif !
Le magnifique village de Corn montre toute la singularité du Célé. Ici la pierre blonde, le bois et la vigne vierge se mêlent sur les façades et l’eau scande la vie. La grotte et le lavoir de Corn, au bord d’une source vive, et les plages sur le Célé, offrent une pause rafraîchissante avant notre dernière ligne droite vers Sainte-Eulalie.

> Suggestion pour la nuit : Gîte d’étape communal

Jour 2 : Sainte Eulalie – Marcilhac-sur-Célé

19km

Peut-être la plus belle étape, un festival de pépites qui commence dès le petit-déjeuner. Le Lot regorge de recoins secrets et nous découvrons ce matin une grotte cachée dans la forêt, envahie de mousses funambules. Le chemin prend des airs d’initiation féerique… et quand nous retrouvons la lumière, c’est pour être éblouis. L’arrivée à Espagnac-Sainte-Eulalie séduira forcément le marcheur. Bienvenue au paradis, ou plus exactement, au Val-Paradis ! Ce prieuré du XIIe siècle, où vivaient autrefois des Augustines, est aujourd’hui un gîte d’étape accueillant les pèlerins à la coquille. L’ambiance est délicieusement médiévale, avec le cloître immense, les portes à cintre brisé, et les colombages de bois qui viennent corseter les hautes tours. On prend des forces pour remonter sur le causse, et arriver à mon tronçon préféré : le sublime Sentier des Anglais à Brengues. Ici les forteresses se fondent à la pierre, des châteaux sont suspendus dans la falaise, des arches surgissent entre deux rochers. Les constructions les plus anciennes dateraient du XIe siècle, et surplombent le chemin taillé dans le rocher. Inouï !
Nous continuons de cheminer en plein soleil au milieu des pierres inondées de lumière. La descente vers la rivière à Marcilhac-sur-Célé est une bénédiction. Entre roses parme et volets rouges, Marcilhac est un festival de couleurs. Ce magnifique village très fleuri s’organise autour des ruines spectaculaires d’une abbaye bénédictine jetant ses arches dénudées dans le ciel bleu. Furieusement romantique ! Surprise de découvrir qu’au milieu de ces ruines subsiste une église, intacte, belle et toujours consacrée.

> Suggestion pour la nuit : Gîte de Galance

Jour 3 : Marcilhac-sur-Célé – Cabrerets

19km

Ici, le voyageur a le choix : fatiguer ses jambes ou ses bras ? Certains marcheurs perclus d’ampoules choisissent en effet de troquer les chaussures de randonnée pour la pagaie ! En été, il est possible d’effectuer cette étape en canoë avec Passion Aventure et de ramer entre les falaises du Célé.
Nous choisissons de poursuivre à pied, mais l’option aquatique est à considérer !

Un autre temps fort de la voie du Célé nous récompense de notre ténacité : la traversée du vieux Sauliac. Ce village troglodyte qui se fond aux falaises blondes, abandonné au fil du XXe siècle, a vu ses maisons rachetées et restaurées par des passionnés, artistes ou étrangers tombés amoureux du Lot. Le spectacle est saisissant : les toits des maisons semblent jaillir de la roche, et les murs défier la gravité. Un décor de cinéma !
L’étape est superbe. Nous cheminons au milieu des murets de pierres sèches, le long des caselles emblématiques du Quercy – des maisons traditionnelles, typiques de l’architecture lotoise, qui ont un charme fou. En arrivant vers Cabrerets, nous retrouvons les vestiges des Anglais et ces châteaux perchés qui semblent pétrifiés, fusionnés avec le relief découpé de la vallée du Célé. Visions uniques, qui nous font nous féliciter d’avoir choisi cette variante si poétique ! On retrouve à Cabrerets les bords du Célé, les restaurants au bord de l’eau et la douce fraîcheur. Cabécou ou Rocamadour ? Pour fêter cela, les fromages nous donnent du choix…

> Suggestion pour la nuit : Gîte d’étape du Barry

Jour 4 – Cabrerets – Saint Cirq Lapopie

11 km

C’est une petite étape aujourd’hui, mais qui laisse le temps d’explorer. Avant de quitter Cabrerets, on va visiter l’extraordinaire grotte ornée du Pech Merle, véritable joyau préhistorique : cela fait 29 000 ans que la fresque des chevaux ponctués galope dans l’obscurité. Fait rare, nous visitons la vraie grotte, et non une reproduction. L’émotion face à ce chef-d’œuvre de l’art pariétal n’en est que plus intense.

A Bouziès, à la confluence entre le Célé et le Lot, le marcheur a le choix : il peut continuer directement vers Cahors sur le GR36-46. Mais ce serait un crime de passer à côté de Saint-Cirq-Lapopie et de rater l’iconique chemin de halage !
Durant des siècles, les Lotois ont fait transiter les marchandises sur les eaux du Lot par le biais de barges, tirées depuis les bords de la rivière par la traction humaine ou animale (des mulets). Mais entre Bouziès et Saint-Cirq-Lapopie, la rive disparaissait dans une gorge abrupte. Il a donc fallu creuser dans la falaise ce spectaculaire chemin minéral, véritable prouesse d’ingéniosité. Les 4 km de ce sentier sont une balade très prisée, et c’est bien normal : le site est grandiose !

> Suggestion pour la nuit : Gîte d’étape

Arrivée : Saint-Cirq-Lapopie

Une dernière côte abrupte à franchir, et c’est l’arrivée à Saint-Cirq-Lapopie, classé parmi les plus beaux villages de France. « J’ai cessé de me désirer ailleurs », écrivait André Breton, et on le comprend : ce village accroché à son rocher, dédale de ruelles entre pavés, tuiles et clochers au-dessus d’un méandre du Lot, est une vision inouïe. Pas moins de treize monuments historiques jalonnent cette citadelle ciselée, extraordinaire témoignage de l’héritage du Moyen-Âge lotois. Mon coup de cœur ? L’église fortifiée, véritable phare trônant au-dessus des eaux du Lot ! Il faudra consentir à un dernier effort et monter jusqu’au sommet du rocher surplombant le village : le point de vue est magique.
Bien sûr, ce sublime village est très touristique en été. Mais rester y dormir le soir, quand la foule de la pleine journée reflue, c’est l’avoir rien que pour soi… et c’est un privilège à savourer.

 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le blog Itinera Magica

À retenir

70 km

4 jours

D+ 1800 m

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